
Laissez-moi vous raconter un film qui m’a profondément marqué : « TOGOLAND – PROJECTION » de Jürgen Ellinghaus. Imaginez-vous assis(e) dans l’ombre d’un baobab, regardant des images d’archives qui vous ramènent aux racines de notre histoire, là où les Allemands dominaient la scène coloniale.
Des images en noir et blanc du Togo en 1913 se mêlent à des séquences en couleur du Togo actuel. Ce contraste est saisissant. On voit Kamina, autrefois site stratégique pour les Allemands, aujourd’hui un lieu de mémoire. Les témoignages poignants des anciens résonnent avec la découverte des jeunes, et l’émotion est palpable.
On y découvre les réalités des travaux forcés qui, bien que l’esclavage fût abolie en 1910, équivalaient à une forme moderne d’esclavage. Kamina, ce pont de communication entre Berlin et l’Afrique, se construit avec l’exploitation de nos ancêtres sans rémunération.

Le film ne se contente pas de montrer des mélancolies. Il met également en lumière la richesse culturelle et la royauté du peuple de Sokodé. Même aujourd’hui, la cavalerie des chevaux y est une tradition vivante, surtout pendant les fêtes de Tabaski et Adossa.
Et puis, il y a cette scène à Bassar, où les paniers de coton offerts aux colons rappellent la dure réalité de l’époque. Chez les Konkomba, la perte de langage est hyperbolisée par des sourds-muets. L’ironie n’échappe à personne : à Mango, malgré la clarté de l’eau jadis, aujourd’hui les rivières sont plus troublées, reflet peut-être des séquelles de la colonisation.
Ce film met aussi en lumière la force et la résilience des femmes togolaises. Des travaux ménagers sous le joug colonial aux combats actuels, la voix des femmes résonne avec puissance.
Le monument historique de Baguida, symbole de la signature du traité de protectorat est aujourd’hui entouré de bars. Alors que, ‘’Djama’’ la nouvelle brasserie du Togo se traduit par ‘’Allemand’’.
Tout n’étant pas parfait, la transition entre les époques pourrait être plus fluide, et certains sujets comme les travaux forcés mériteraient une exploration plus approfondie. Cependant, l’effort de Jürgen de juxtaposer passé et présent offre une perspective unique.

L’Institut Gœthe de Ouagadougou offre une projection spéciale du film ce Jeudi 27 Février 2025 à 20h00 lors de la première édition de la semaine du cinema durant le FESPACO. Ce rendez-vous promet d’être un moment fort. Pourquoi ne pas y aller ? Nous pourrions y discuter des séquelles coloniales et de leur impact sur nos cultures et notre éducation.
En somme, ce film de 1H36 est une invitation à revisiter notre histoire avec un regard critique et analytique, à honorer la mémoire de nos aïeux et à comprendre les défis actuels. Alors, rejoins-nous et (re)découvrons ensemble cette part de notre passé qui façonne encore notre présent.

SYNOPSIS :
En suivant le parcours du réalisateur allemand Hans Schomburgk, qui, avant la Première Guerre Mondiale, se lança dans une aventure cinématographique inédite en Afrique de l’Ouest, Togoland – Projections propose un voyage sur le territoire de l’ancienne colonie allemande du Togo où les phases successives de la colonisation ont laissé des souvenirs durables. Guidé par le récit qu’en ft à l’époque la comédienne Meg Gehrts, j’accomplis, à plus d’un siècle d’écart, le trajet de l’équipe de tournage. Aux étapes de mon voyage, je projette in situ les flms tournés à l’époque coloniale. En écho à ces archives, s’élèvent alors des voix togolaises d’aujourd’hui, interrogeant ces images et leur contexte historique, dans ce pays longtemps appelé la Musterkolonie, la « colonie modèle » de l’Empire allemand. (Jürgen Ellinghaus).
Kosi Sessi