
« La nuit des rois » est un film dramatique et fantastique qui dure 93 minutes. De nationalité franco-ivoiro canado-sénégalaise, il est coécrit et réalisé par Philippe Lacôte et sorti en 2020.
En 2019, le réalisateur camerounais Jean-Pierre Bekolo disait à un masterclass au festival de films EMERGENCE au Togo que le secret de la réussite d’un de ses propres films réside en la constitution d’une histoire autour d’un groupement d’humains vivants en forêt et ayant des codes propres à eux.
Pour ainsi dire, l’histoire de cette œuvre de Philippe Lacote aussi se déroule au cœur d’une immense forêt dans une prison unique au monde, régie par ses propres codes. Le chef de la prison, le caïd Barbe noire, veillissant et malade, est de plus en plus contesté à la MACA (prison d’Abidjan, l’une des plus surpeuplées d’Afrique de l’Ouest).
Pour conserver son pouvoir, il revient à la tradition de « Roman », un rituel qui force un prisonnier à raconter des histoires une nuit durant, au risque de perdre la vie. Cette belle aventure nous fait découvrir un jeune innocent et peureux qui, jeté à l’abattoir, n’a que DIEU et sa propre ruse de conteur pour tenter de survivre.
Le film nous propulse le passé impérial de la Côte d’Ivoire à travers des guerres de royaumes, la crise politique et surtout le fléau des invisibles. D’ailleurs Zama King, le roi fondateur de l’invisible, n’est que le fruit des réalités sociopolitiques de son pays ; comme quoi, nous créons nos propres démons.

‘Le roman’ n’est ni un meurtrier ni un invisible mais juste un ami d’enfance du roi.
Au début de son récit, sa crainte l’a conduit à affirmer sa foi mais constat fait que les prisonniers ne s’accrochent pas à son histoire à chaque fois qu’il mentionne DIEU, il décide de confesser ses péchés. Nous comprendrons mieux sa psychologie plus tard vers la fin du film. A travers des inscriptions sur un mur de MACA, sa prophétie est dévoilée : « si Dieu dit oui personne ne peut dire non ».
Finalement, ‘le roman’ sort et relève la tête, non seulement pour contempler le lever du jour qui symbolise sa survie, mais surtout pour remercier son Dieu de l’avoir sauvé. Les prisonniers quant à eux, outre le fait qu’ils n’aiment pas parler de Dieu, détestent les faits politiques, alors qu’ils en sont les fruits.
Ce chef-d’œuvre nous plonge un monde fantastique où la réalité s’entremêlent aux mensonges du conteur qui a sa fée et son fou. Le film est surtout bourré de chorégraphies, d’acrobaties, de chansons….
Le conte qui relate le combat des initiés entre la reine et son frère y donne une forte valeur africaine.
L’histoire est assez bien conduite par un enfant dans son jeu de par sa justesse à exprimer la peur, l’innocence, et surtout à lutter contre la mort.
Le mouvement dans le cadre donne vie au film pour cacher la fiction et nous laisser voyager librement et tout naturellement.
En particulier les images au sein de la Maca à l’écran nous plonge dans l’illusion d’une véritable prison.
L’idée principale du réalisateur est de montrer le fonctionnement interne de la prison en tant que société. Pour lui dont la mère était une détenue politique à la MACA et qui lui même avait dirigé beaucoup de ciné-clubs dans des prisons en France; la prison est cet autre royaume où rois et princes gouvernent avec leurs divers lois et codes. Le film est distribué par Canal +
Kosi SESSI
Correction: Ndeye Marème Diop